dimanche 19 décembre 2010

LA MAJORITE ASSERVIE PAR UNE MINORITE, DEPLORABLE HISTOIRE DE LA CIVILISATION (I)

Et moi, je reste en marge, n'appartenant ni à l'une ni à l'autre. Depuis que je suis au monde j'ai toujours gardé mes distances avec ce duo "minoritédirigeante-majoritéobéissante," incarné au début de ma vie - comme pour chacun d'entre nous - par ma famille et l'école. Par la suite et jusqu'à présent, ma conscience politique - c'est-à-dire citoyenne étymologiquement - n'a fait que consolider ma position.

Bien évidemment, cette attitude m'isole, me relègue au ban de la société  - avec toute la notion de mépris que comporte cette expression de bienpensants -, société de moutonniers, mais il ne saurait être question pour moi de changer, d'entrer dans le moule  à fabriquer des  esclaves, de m'agréger au troupeau, au contraire, plus j'observe la folie  galopante de la civilisation et plus je me conforte dans cette démarche. Je ne suis ni maître ni esclave; ni berger ni mouton; ni membre de la minorité ni membre de la majorité. Je me trouve en "isolement volontaire" à l'image des populations de la forêt amazonienne , sans jouir néanmoins de la possibilité d'échapper au système économique et symbolique ayant pouvoir de vie et de mort sur des milliards d'êtres humains; je puis tout juste m'en écarter et cela me suffit, faute de mieux.


Aujourd'hui en Europe une pensée et une culture uniques font la loi, abêtissent la population;  en quelques décennies le mode vie occidental a déferlé tel un tsunami sur la civilisation dans son ensemble. Et quand on parle de civilisation comprenons étymologiquement le terme de civitas en latin "la cité", correspondant à celui de πολητισμος (politismos) en grec, de πολη, "la cité", par opposition aux populations - principalement en Amazonie - obéissant à des règles sociales millénaires consistant à respecter les écosystèmes puisque leur reproduction physique et culturelle dépend traditionnellement de modes d'utilisation des ressources naturelles qui sont pleinement compatibles avec la conservation et la protection des écosystèmes qu'ils habitent. Les fossoyeurs de la pensée et de la culture françaises qui furent longtemps hégémoniques, premiers adeptes de cette pensée unique, ont instauré une dictature intellectuelle dès la seconde moitié du vingtième siècle. 

Et comme toute dictature, elle prive les citoyens de liberté, pour ce qui concerne la dictature intellectuelle de libre arbitre, ce qui donne finalement naissance à la partitocratie  - la démocratie n'étant qu'une illusion -, à une intelligentsia-lobby incontournable censée nous "éclairer" sur le monde tout en conservant la sacrosainte  Académie française qui depuis bien longtemps ne joue plus qu'un rôle de figuration, lesdits "immortels"  dans le coma ayant oublié "la mission qui lui fut assignée dès l'origine de fixer la langue française, de lui donner des règles, de la rendre pure et compréhensible par tous". Un lobby de politicards et penseurs de pacotille dirige donc aujourd'hui les esclaves-travailleurs tandis que les immortels nous prouvent un à un que... que la vie c'est mortel !

En cette fin d'année 2010, l'immortelle Jacqueline de Romilly vient de passer de vie à trépas à l'âge de 97 ans. Cette helléniste - il en existe des milliers de par le monde - a été encensée de son vivant comme ne le sont même pas les idoles cent ans après leur mort. Cette dame contre qui je n'ai rien personnellement, fut un pur produit de cette pensée unique, la gardienne du temple grec sous la coupole académique, Athéna déesse de la littérature incarnée. C'est-à-dire qu'en dehors de ses livres et de sa pensée, il était "interdit" de prétendre à pointer le bout de son savoir hellénique, surtout s'il divergeait de celui de la grande prêtresse. Simple professeur de lettres classiques, elle  put profiter d'une époque où le monde de l'édition n'était pas encore ce puissant lobby qui musèle à présent les auteurs de talent mais sans relations. 

On peut toutefois supposer que son mariage avec un fils Worms de Romilly, famille propriétaire du "Petit écho de la mode" et d'un château depuis la Révolution, lui avait quelque peu facilité la tâche. Il est probable du reste que toute cette machination s'est faite à son insu, je ne veux surtout pas intenter un procès d'intention à la mortelle  sans défense qu'elle est devenue. Ce fut à n'en pas douter l'helléniste de service,celle qui allait donner l'illusion que la France est encore un grand pays de culture classique.  Les medias de la minorité dirigeante furent chargés de braquer les projecteurs sur l'helléniste,  et l'affaire était dans le sac !  Malheureusement après quelques œuvres, on s'essouffle. L'auteur se répète, ressasse, ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà. La guerre du Péloponnèse on connait par cœur grâce aux milliers de traductions existant dans toutes langues. Jacqueline de Romilly avait son point de vue, nous avions le nôtre mais que dis-je, seul le sien faisait autorité.

Personnellement, j'ai toujours eu un grand reproche à lui faire et j'aurais bien aimé le lui dire en face : l'omniprésence de son œuvre concernant  deux siècles seulement de l'histoire antique hellénique et se restreignant pour ainsi dire à celle d'Athènes occulte toute l'histoire ayant précédé, celle des Pontiques, des Valaques, des Sarakatsanoi,  puis celle de Byzance (de 330 à 1453 de notre ère), des quatre siècles d'occupation ottomane qui s'ensuivirent jusqu'à la guerre d'Indépendance de 1821. 

Comment faire le lien jusqu'à la Grèce d'aujourd'hui et sa fameuse "crise" si l'on ne connait pas le fil conducteur dont nous a privés cette domination de l'œuvre d'une seule personne ? Qui donc a entendu parler du "progrès de la phase œcuménique de Byzance" (je cite le politologue Georges Contogeorgis) ? du philhellénisme, du néo-hellénisme ? L'hellénisme concerne uniquement l'époque archaïque et la langue grecque dite morte comme le latin. La différence entre le grec ancien et le latin est que le grec moderne hérite de lui-même, il n'existe pas de rupture. L'histoire  de la langue hellénique est continue donc la pensée hellénique aussi. J'ajouterai même que les penseurs grecs du 21ème siècle ont beaucoup plus à nous apporter que leurs ancêtres car ils possèdent un héritage d'une trentaine de siècles, trésor inestimable pour notre civilisation. S'il est vrai que la pensée de Jacqueline de Romilly a constitué une pierre importante à l'édifice de la pensée occidentale, elle n'en fut et n'en sera jamais un pilier. 

A l'heure où la Grèce est en train de vivre le chaos, situation à laquelle elle est habituée, il est important de rappeler que ce lopin de terre coincé entre Orient et Occident, n'appartient ni à la minorité ni à la majorité, se trouve en marge, isolé, avec pour toutes armes son histoire, et sa langue, véhicule d'une pensée universelle qui est loin d'avoir prononcé son dernier mot.

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