jeudi 27 janvier 2011

LA MUSIQUE HELLENIQUE : UN FIL D'ARIANE A L'INFINI... (I)

"Venez sur cette double cime qui regarde au loin, le Parnasse ami des chœurs, et présidez à mes chants, ô Piérides, qui habitez les roches neigeuses de l'Hélicon. Venez chanter le Pythien aux cheveux d'or, le maitre de l'arc et de la lyre, Phébus, qu'enfanta l'heureuse Latone près du lac illustre, quand dans ses douleurs elle eut touché de ses mains un rameau verdoyant de l'olivier". Début du 2ème Hymne delphique à Apollon (traduction d'Émile Martin).

Vers la fin des années 1970 j'avais emmené mon père à Delphes. Depuis sa jeunesse dans le 16ème arrondissement de Paris et des études classiques interrompues par la guerre, il en rêvait. Ce fut l'un des rares moments de communion dont je pus jouir avec cet homme acariâtre et impénétrable; oubliées, évanouies nos perpétuelles querelles. Comme si l'esprit de Delphes ravivé par le poète Sikélianos dès 1925 s'était infiltré au plus profond de nos cœurs le temps de cette visite unique (je n'y suis jamais retournée). Le poète rêvait, lui, d'une union delphique entre les peuples en conjuguant toutes les traditions des peuples du monde entier. Seul une Grec pouvait avoir une idée aussi pacificatrice : jamais au cours de mes nombreux voyages je n'ai ressenti m'envahir en effet une telle paix qu'en ces lieux sacrés.


Les anciens Grecs avaient élu Apollon patron des musiciens et composé au moins deux hymnes en son honneur. C'est une équipe de l'école française d'Athènes qui en a retrouvé la trace en 1893 parmi ces vestiges millénaires, témoins d'une féérie inégalée jusqu'à nos jours.
La musique et la langue helléniques ont une histoire continue, indissociable dont la naissance se perd dans la nuit des temps, mais c'est la musique seule qui unit les peuples et les âmes. Ce jour-là nous n'étions plus un père et sa fille en visite touristique, mais deux âmes en symbiose avec les oiseaux, la brise sèche caressant nos épaules, les oliviers à perte de vue, l'écho d'un sommet à l'autre des montagnes fondues dans une brume diamantine, l'orgie de saveurs, couleurs, senteurs. Trois décennies plus tard cet hymne à la nature delphique résonne encore à mes oreilles.

"La musique permet aux hommes de supporter la misère et leur condition disait Platon". Et pourquoi tant de misère au sein d'une telle splendeur ? Serait-ce que les hommes vivant cette poésie au quotidien en auraient oublié la morne réalité, spectateurs permanents qu'ils furent de ce spectacle merveilleux ?
Puis de lyre en cithare la gamme sauta de siècle en siècle, passa de l'hymne delphique à l'hymne des chérubins, céda la place à la musique byzantine, celle qui représente véritablement la civilisation musicale hellénique dans toute sa richesse et sa diversité...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.