jeudi 13 juin 2013

LE GOUVERNEMENT GREC MET LES VERROUS : La Télé publique grecque fermée ! par Simone LE BARON - ATHENES


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[En direct d'Athènes - Simone LE BARON, membre de la Rédaction de politique-actu]
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"LE GOUVERNEMENT GREC MET LES VERROUS :
ERT (la TV publique),  2.656 EMPLOYES AU CHOMAGE"

Mardi 11 juin 2013. Minuit. George Kokkas, avocat de la chaine publique hellénique ERT depuis 25 ans, de son téléphone portable : « Dis aux Français que les 2656 employés de ERT occupent leurs locaux et attendent les CRS. La junte des politiques de la partitocratie a frappé. Nous résistons. Nous irons jusqu’au bout. ERT nous appartient. Depuis des années je mène un combat pour que les 10 millions de Grecs deviennent actionnaires de leur chaine de télévision publique, ainsi que de l’EAU et de l’ELECTRICITE : 10 millions de Grecs, 10 millions d’actionnaires ERT, EAU,  ELECTRICITE ! Nous sommes les citoyens de la première démocratie du monde. Nous allons réinstaurer la démocratie directe, de gré ou de force. Ce n’est que le début de LEUR fin ! »

Depuis hier les manifestants affluent place Syntagma et sous les fenêtres des locaux de ERT, à Aghia Paraskevi. Les Grecs sont en colère. Historiquement, nous pouvons constater que ce qui caractérise les Grecs est la chose suivante : ils laissent faire, aller les  situations jusqu’au point de non retour. 400 ans d’occupation ottomane, avant les Turcs, les Romains avaient occupé l’espace hellénique pendant des siècles. Et puis, soudain, on réagit. C’est la colère, le vase déborde. On agit et on ne fait pas dans la dentelle. Les Grecs n’ont pas de mesure, comme dans la mythologie ils sont manichéens.

Mon analyse : si la crise économique est mondiale, conséquence logique de la mondialisation galopante et sauvage, ici en Grèce nous avons « le problème grec » comme le définit depuis 20 ans au moins notre ami politologue Georges Contogeorgis. La manière de faire des politiques est dictatoriale, on a un sentiment général de retour des colonels, à la différence qu’aujourd’hui l’armée est auprès du peuple. Les politiques ont avec eux : l’Etat, les partis politiques, la loi, la justice, la police, les services publics, les banques. Ce que ne savent pas tous les Grecs : 78% de la Banque de Grèce appartiennent à la banque de Rothschild. Du jamais vu ! Surtout au pays berceau de la démocratie ! Nous  nous retrouvons « en période oligarchique, dynastique, tyrannique présolonienne » (G. Contogeorgis).

En fait, depuis la guerre d’Indépendance (1821-1830) la Grèce se trouve sous le joug des grandes puissances (France, Royaume-Uni, Russie et plus tard la Prusse). Il n’existe pas de démocratie mais une partitocratie où règnent les partis politiques possédant tout, « propriétaires de l’Etat ». Avant Solon, les dynasties des Tyrans possédaient tout. Nous voici donc propulsés au 6ème siècle avant notre ère d’ une part et d’autre part en 1821 : les Grandes puissances décident. La Prusse est devenue l’Allemagne (depuis seulement 1871 ; il est bon de le rappeler). Après la chute des colonels, en 1974, s’est installée une partitocratie à l’image des autres pays européens avec la stérile et diabolique alternance gauche-droite, différente toutefois car elle est d’une part dynastique et d’autre part s’appuie sur un système politique totalitaire ; sans aucun rapport avec la démocratie.

En France, bien que nous n’en soyons pas loin il existe encore un semblant d’Etat et un semblant de démocratie qui font que de tels actes dictatoriaux ne pourraient pas avoir lieu. Un appareil d’Etat existe, une trame. Les politiques ne peuvent pas balayer les acquis sociaux d’un revers de manche. Ils n’ont pas le droit de remettre en question les congés payés par exemple et toutes les avancées sociales du Front populaire. Malgré tout, citons un passage de Castoriadis : « Il y a la merveilleuse phrase d'Aristote : « Qui est citoyen ? Est citoyen quelqu'un qui est capable de gouverner et d'être gouverné. » Il y a des millions de citoyens en France. Pourquoi ne seraient-ils pas capables de gouverner ? Parce que toute la vie politique vise précisément à le leur désapprendre, à les convaincre qu'il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s'habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives, ils s'habituent à suivre ou à voter pour des options que d'autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d'être idiots, le résultat, c'est qu'ils y croient de moins en moins et qu'ils deviennent cyniques.

En Grèce, l’appareil d’Etat est une machine de guerre sans foi ni loi ne visant que le profit et l’enrichissement personnel du personnel politiques et de quelques familles aisées. La loi de lege lata  (celle du pouvoir en place) régit tout et, bien entendu, au détriment du citoyen. La loi de lege ferenda (la loi humaine, naturelle) est bafouée (selon Georges Kokkas). Les citoyens sont livrés à eux-mêmes. Nous nous trouvons devant la configuration hitlérienne d’extermination de la population avec la solution finale. Sauf qu’ici il s’agit de la population autochtone : le gouvernement grec contre la société des citoyens grecs.

La décision de mettre les verrous sur les portes de la chaine publique de télévision ERT a été prise hier par la Troïka, en visite à Athènes : la Grèce à la solde des Grandes puissances… On ne s’embarrasse plus de préliminaires, on passe à l’acte, on viole en toute impunité. Les citoyens grecs sont devenus rats de laboratoire. Car, ne nous leurrons pas, s’il est vrai que ladite crise économique, en fait crise financière ou chrématistique, a été ourdie par les politiques du système occidental, la crise politique, elle, commence ici où l’on a inventé la politique et la démocratie. C’est logique. La prise d’ERT par la Troïka constitue un acte totalitaire, la chaine qui la remplacera sera un outil de propagande gouvernemental.
C’est la guerre. Les citoyens grecs sont armés : ils possèdent l’armée, le peuple, les scientifiques et la connaissance. Thémistocle n’avait que 300 trières, les Perses en avaient 1200, et pourtant, il gagna haut la main la bataille de Salamine. C’est ce que l’on appelle le « démon grec ». 

Simone Le Baron, Athènes. 12 juin 2013.

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